
Ça fait un an que le premier album de Jeanne Laforest, Puisque les heures nous manquent, est sorti, un mélange de genres comme le jazz, le rock, et la classique qui coule d’une manière effrénée. S’il y a les connotations et les émotions liées aux genres, par exemple l’agression, la sensualité, la grandeur, la musique de Jeanne Laforest signifie un état de chaos nécessaire et de désordre, comme quand tous nos sentiments se battent.
La chanson Fatiguée, par exemple, est énergique avec son explosion d’émotions désespérées et le rythme de la batterie qui est vite comme les pensées négatives qui dominent la tête dans un moment de stress. Il y a un humour similaire dans La colère du rhinocéros, avec les cris doux parmi un instrumental rock, et Se revoir avec une voix rapide et frustrée à côté de l’instrumentation lourde.

Par contre, De toi de moi est une chanson lente et réflective, avec un piano tranquille et une voix délicate, et La douleur nous emmène dans la solitude en raison de la guitare acoustique, l’ambiance folk et la personnification d’une émotion envahissante. Ça aurait pu contient un instrumental rêveur et hypnotique, comme être perdu dans une jungle, et Dormir commence avec seulement un vocoder, les paroles comme ‘dormir/ dentelle de nos ébats/ flotte comme si t’étais là’ étant hypnotisantes, avant de se transformer en quelque chose de dramatique (avec l’instrumentation classique et la chorale) puis jubilant avec les synthés ludique.


Le jeudi 21 septembre, Jeanne Laforest a joué un petit spectacle à la Maison de la Culture Marie-Uguay, dans le sud-ouest de Montréal, avec sa bande pour mettre cet album dans un contexte live. « J’ai pas écouté l’album depuis très longtemps, dit Jeanne lorsqu’on s’est vue au parc Garneau avant. J’avoue que d’écouter l’album est quand même ardu, parce que j’entends encore beaucoup de choses qui sont pas exactement comme j’imaginais, mais le faire en show, j’aime vraiment vraiment ça. Il se passe toujours les nouvelles choses qu’on fait.»
En spectacle, la nature de l’album peut changer. Bien que les chansons sur Puisque les heures nous manquent soient personnelles et précises et le détail de l’instrumentation représente les espaces dans la tête, dans un environnement live tout le monde est invité à rejoindre et il y a peut-être moins d’intimité. De plus, l’instrumentation change et c’est une opportunité pour explorer comment les émotions qui se trouvent dans les paroles peuvent être libérées autrement.
« En général, j’ai tendance à faire des projets un peu éclectiques parce que comme artiste j’ai pas envie de fitter dans un créneau, de répondre aux attentes de l’industrie pour faire de l’argent. Au contraire, j’ai plus d’envie de challenger les gens et les sortir un peu de leur zone de confort mais sans que ce soit agressif, j’ai pas envie de choquer les gens pour rien », explique-t-elle. Donc, les spectacles font partie de ça. À La maison de la Culture ce soir-là, la majorité de gens ne connaissaient pas Jeanne Laforest et, en tant que personnes plus âgées, la musique était peut-être moins familière aux oreilles. « C’est quelque chose qui me drive, essayer de déstabiliser les gens, les déranger mais pas trop. J’essaye de convaincre les gens d’aller ailleurs pis d’essayer les nouvelles sonorités, d’être curieux mais en même temps de les réconforter.»

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UNE P’TITE ENTREVUE AVEC JEANNE LAFOREST
La chose la plus marquante de l’album c’est le mélange de styles. Est-ce que tu voulais évoquer les connotations spécifiques avec ces choix?
Je pense qu’honnêtement, quand j’ai composé ces chansons-là, j’avais aucune idée de ce que j’allais faire en terme de style. J’avais décidé d’écrire autant de chansons que je voulais, pis après ça j’ai pris celles qui m’avaient le plus marqué, pis j’ai fait l’album avec. Après j’ai fait comme ahh ok mais là c’est drôle d’album, ehh c’est un peu eclectic en style, hmmm, mais finalement j’ai décidé de le garder comme ça parce que c’est le premier et il fallait que je sorte quelque chose de moi et c’est ca que je voulais raconter.
Avec qui as tu travaillé? Est-ce qu’ils ont beaucoup contribué à l’ambiance de l’album?
Je dirais que la pièce en tant qu’elle, comme les harmonies, les accords, la mélodie, la parole, c’est vraiment moi qui l’ai faite en majorité. Après ça, les musiciens ont partagé leurs idées et proposé les ambiances. Je savais pas non plus où j’allais, j’ai pris les propositions de tout le monde. Quand on a décidé de faire un album, j’ai travaillé en coréalisation avec un pianiste qui s’appelle Gabriel Desjardins pis avec lui on a finalisé les petits détails, les mélodies et les paroles.
T’as fait Les escales en chanson de Petite-Vallée l’année dernière. Est-ce que ça t’a influencé du tout?
Ça m’a donné confiance. Quand j’suis arrivée dans les chansonneur.es j’avais jamais chanté mes chansons devant personne pis je n’ai jamais non plus accompagné toute seule. En même temps, c’était vraiment très relaxant et accueillant pis j’étais comme ok je vais l’essayer. Je sentais que j’avais ma place là-dedans. Entendre les autres, avoir les ateliers, ça m’a détendue, c’était un bon préambule après pour l’album. Ça m’a obligé à parler de mon projet, à apprendre à chanter devant les gens.
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VOIR AUSSI
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🔎 DERRIÈRE LA CHANSON: LE GRAND MURMURE 🔎
Le grand murmure est une chanson sans instrumentation, dans laquelle la voix angélique de Jeanne Laforest est accompagnée par une chorale profonde.
« J’ai pris une pièce qui existe déjà, Magnum Mysterium de Francis Poulenc, que j’ai chanté dans une chorale et je me suis dit que je voulais l’analyser. En analysant, j’ai recomposé à ma façon, j’ai écrit les paroles dessus et elle est devenue ma chanson. J’ai respecté un peu le style, c’est pour ça que je l’ai fait dans une église avec un chœur. Le chœur dans l’fond c’est les chanteurs et les chanteuses que j’ai engagés. On a enregistré Le grand murmure à Gesù, au centre-ville, et, le jour où on a enregistré, il y avait le travail à côté. Il a fallu qu’on aille dehors, qu’on aille voir si les travailleurs pouvaient arrêter. Ils disaient qu’ils avaient une pause de travail à cette heure-là pis on a attendu. À l’heure du dîner, on a enregistré la pièce très rapidement »
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D’habitude, Jeanne Laforest collabore avec d’autres artistes, passant par exemple l’été sur scène avec Simon Kearney. Elle se trouve aussi dans Crossroad Copeland, un groupe de jazz metal, dans le travail de jazz de Nicolas Villeneuve et, récemment, elle a rejoint un groupe d’improvisation musicale avec les compétitions à venir. Par conséquent, le travail solo comme cet album Puisque les heures nous manquent, a l’air plus personnel et c’est construit vraiment dans son propre univers.
« Je crée, j’ai des idées, j’ai un concept pour le prochain album mais ça va prendre du temps. J’ai besoin de cet espace-là pour créer. »
On ne peut pas forcer la création de la musique et c’est pour ça que les mélanges de genres et de sons sont naturels au lieu de prétentieux. C’est souvent une forme de communication instinctive pour raconter des périodes dans notre vie.
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Le zine est créé par Roxane Azzaria et il est disponible à côté de l’album. Tu peux trouver Jeanne Laforest sur Instagram | Facebook | Bandcamp 🎨

