Une introduction: La Fête de la Musique de Québec

Il y a peut-être une perception que Québec, par rapport à la ‘grande’ ville de Montréal, est assez plate. Pour quelqu’un qui arrive pour la première fois, qui ne se sent pas comme un touriste et veut s’immerger dans la vie et la culture, qu’est-ce qu’il peut faire?

C’est vrai que c’est moins facile de trouver les choses mais ça donne aux petits événements un sentiment de communauté plus fort et par conséquent les rend plus intrigants.

La Fête de la Musique de Québec est un événement ouvert à tous les musiciens amateurs et professionnels qui souhaitent s’y produire. Pour plusieurs artistes qui jouent, c’est comme un expérimentation, une façon de jouer leur musique devant le public pour la première fois. Gratuite et sur la rue, la Fête de la musique de Québec permet aussi à une variété de personnes de découvrir la musique spontanément ou s’amuser dans le moment puis continuer leur route. Cette année (du vendredi 17 au samedi 19 juin), elle célébrait son 15e anniversaire.

L’événement se situe sur la rue Saint-Jean, une rue avec une aura magique. C’était d’une certaine manière les origines de la carrière de Jérôme 50, Hubert Lenoir, et Simon Kearney qui ont joué ensemble sur la rue et malgré une période distincte et assez petite il y a toujours un sentiment de vivacité et créativité lié à cette rue, quelque chose d’amical dans l’ambiance. Le parvis de l’église Saint-Jean-Baptiste ressemble parfois au feu de camp. Même s’il n’y a aucun feu, il y a les gens qui se rassemblent le soir pour s’asseoir et jouer de la musique, chanter et boire de la bière, ce qui donne vraiment cette impression. Donc, avoir l’événement ici, c’est-à-dire la plupart des spectacles au parvis, était idéal.

Samedi était un jour de pluie. Il y avait une scène, un peu caché, dans le Passage Olympia où la musique coulait sur la rue. Par conséquent, on pourrait passer sans savoir que la scène existe, entendre le son de la musique avec l’énergie intrigante et se retourner pour voir qu’est-ce qui se passe. C’était Loïc Lafrance qui jouait. Le premier album de Loïc Lafrance, s’appelle Le monde des adultes, était sorti en novembre l’année dernière. C’était enregistré et mixé par Loïc, dans sa chambre, et il évoque le passage à la vie d’adulte. Il y a les riffs de guitare staccato et les rythmes rebondissants qui apportent un air de soleil et l’ambiance live était ludique et détendue. Les musiciens dans le groupe font partie d’autres groupes qui jouaient plus tard dans la journée alors voici était une introduction aux choses à venir, l’esprit communautaire parmi les artistes. 

Loïc Lafrance / Collation / Matthieu Stellaire

Ces musiciens incluent Philippe Boucher (bassiste) et Matthieu Stellaire (guitariste), lesquels ont partagé la scène plusieurs fois au parvis. Philippe était le chanteur et bassiste pour Collation (et aussi bassiste pour Loïc Lafrance), avec Matthieu à coté de lui, et Matthieu était le leader pour Matthieu Stellaire, avec Phillippe à côté de lui. Collation sont en train de créer leur premier album alors les spectacles ensemble sont très nouveaux. Pendant le spectacle de Matthieu Stellaire (le batteur était le batteur pour Loïc Lafrance aussi) il y avait les moments de spontanéité, par exemple Matthieu convaincu que sa guitare n’était pas accordée et frustré mais avec l’humour. Toutes ces choses mélangées avait créé l’effet que ce n’était qu’un groupe d’amis qui jouent pour l’fun, que l’évènement n’était pas trop sérieux, et on fait tous partie de leur gang d’amis. 

Solipsisme

La journée a continué d’être grise mais pendant le spectacle de Solipsisme les nuages ont disparu et il y avait un coucher de soleil inattendu et plein de beauté et couleur. La feuille derrière la scène a été enlevée et on pouvait voir la rue (Rue de Claire-Fontaine) descendre sous les montagnes et les arbres. Pourquoi c’est significatif? Parce que à ce moment-là c’était visuellement clair qu’on était à Québec et le sentiment d’été était plus fort. Solipsisme est un groupe psychédélique et assez lourd qui fait de la musique avec le rock instrumental. Les gens qui regardaient, hochaient la tête et tapaient du pied satisfaits avec la vibe immersive.

Malaimé Soleil a terminé la soirée, quand l’air est devenu froid et frais et quand un vrai feu de camp aurait été le bienvenu. Plus de gens étaient devant la scène et il y avait une énergie qui correspondait à la nature assez décontractée du groupe. Leur nouvelle chanson, “Coin Coin,” comporte la voix de Charlotte Brousseau qui les a rejoint pour chanter.

Malaimé Soleil

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Le dimanche, il faisait chaud et ensoleillé et la vie était là depuis le debut. Les gens sont arrivés et partis, en prenant une pause sous le soleil pour s’asseoir ou danser. Il y avait Mélina Lequy qui expérimentait dans un environment live. Son premier EP, Promesse, est sorti en Mai. L’auteure-compositrice-interprète fait de la musique qui ressemble un peu à celle de Mélanie Venditti: poétique, un peu hypnotique, et avec la voix haute et rêveuse. Elle a apporté un moment de tranquillité et a parlé du sens derrière ses chansons pour créer une proximité avec la musique.

Mélina Lequy

Entre les spectacles il y avait d’autres musiciens qui montraient leur talent en haut d’escaliers à côté de la scène, par exemple un groupe de rap et un gars qui jouait le banjo, et les petites foules de tous âges s’étaient rassemblées. Pour les spectacles d’Hairegin et Neat Summa Orchestra une ambiance de jazz a pris le dessus. L’humeur était détendue et joyeuse pendant que les membres d’Hairegin jammaient en s’amusant sur leurs instruments (un guitariste portait une cape et un chapeau et il était appelé un sorcier) et c’était pareil pour Neat Summa Orchestra et Mona B, un groupe qui fait de la musique chaleureuse et sensuelle (deux membres d’Hairegin font aussi partie de Neat Summa Orchestra, un autre exemple de musiciens aux rôles multiples). 

Neat Summa Orchestra et Mona B

En parlant de la communauté, Mona B, chanteuse néo-jazz qui était présente pendant la journée et a crée des chansons avec Neat Summa Orchestra, explique que << la scène est très dynamique et en même temps constituée d’un noyau de musiciens pas très grand, ce qui rend l’ambiance très chaleureuse entre nous. On recroise vite du monde qu’on connaît. Il y a beaucoup d’opportunités de concert. C’est très agréable >>.

En ce qui concerne l’importance de la Fête de la Musique de Québec, elle affirme que << c’est vraiment une occasion en or de jouer dans un événement qui soutient la communauté musicale de la ville. C’est aussi un super bel accès gratuit à la culture pour les citoyen.nes en plus d’être une très bonne opportunité pour découvrir des groupes locaux >>.

Mais comment découvrir la musique en dehors des festivals? << Il y a des places qui sont très importantes pour la vie musicale de Québec >>, dit-elle << La Ninkasi est vraiment la place pour faire les lancements d’album. Les bars à jam comme Bar St-Angèle pour le jazz ou District Saint-Joseph pour la musique pop sont vraiment des poumons pour la vie musicale de la ville >>.

Hairegin / Eliov

La musique d’Eliov, atmosphérique, douce, et parfois saupoudrée de jazz, avait donné l’impression d’être allongé sur l’herbe à l’ombre pendant qu’on se perd dans une rêverie mythique. Il y avait un mouton (peluche) sur la scène qui s’appelait Kick le mouton qui était généralement assis sur la batterie (c’est pour ça il s’appelle Kick). Florence et Léa-Pascale du groupe ont expliqué que leur album a été enregistré dans un chalet où il y avait beaucoup de moutons aux alentours. Voici pourquoi l’animal est comme une mascotte, un souvenir de cette période poignante où ils ont créé de la musique ensemble.

Le soir, toujours ensoleillé, était comme une vraie fête avec une ambiance plus bondée et animée. The Blaze Velluto Collection est un nom assez reconnu. La groupe avait été présenté dans ‘Écoute mon album,’ une série produite par l’ADISQ où des artistes qui ont sorti leurs albums pendant l’année de la pandémie partagent une chanson live et parlent un peu du concept de l’album. 

La musique est parfaite pour le soleil brumeux vers le fin de la journée avec leur vibe 70s rock et un élément ludique. Le batteur de The Blaze Velluto Collection est Jean-Étienne Collin-Marcoux qui fait partie aussi de Beat Sexü et pour le spectacle de Beat Sexü la batterie a été déplacée plus proche de la foule, formant une intimité vivante grâce au pop électro de ce groupe qui nous encourage à bouger. L’aspect communauté a été souligné (plus) parce que Jean-Étienne Collin-Marcoux et Jean-Michel Letendre-Veilleux (à la guitare et la voix) sont les co-fondateurs du Pantoum, une maison de disques/studio d’enregistrement/salle de la musique/centre culturel inspiré de la culture DIY. C’est un organisme au centre de beaucoup de la musique à Québec et Beat Sexü est né de ça.

The Blaze Velluto Collection / Beat Sexü

Pour conclure la fin de semaine? Une rencontre (trop) courte mais totalement l’fun avec Jérôme 50. Le quartier Saint-Jean-Baptiste c’est chez lui et c’est un habitat naturel pour partager des moments entre amis et les gens du coin. Donc c’est logique d’avoir lui et sa bande (dont Simon Kearney à la guitare) pour jouer à une fête qui célèbre Québec. Les chansons étaient les chansons faciles à chanter avec un sourire: “Si tu aimes le soleil” (chaque spectacle de Jérôme 50 est comme un camp de vacances), “Boum a-tchica boum !”, “Chaise musicale,” “Embrasse-moi,” “Tokébakicitte,” “La hiérarchill”…. Il jouait un medley de chansons québécoises dont “Pour mon pays” de Sir Pathétik, “Embarque ma belle” de Kaïn, “Macaroni tout garni” (chanson thème de l’emission pour enfants) et “On ne change pas” de Céline Dion. Il nous jouait une nouvelle chanson, qui en accord avec sa méthode de pastiches, était cette fois-ci très pop punk (le refrain composé de na na naaas alors on pouvait chanter comme on connaissait la chanson mais en fait c’était la première fois). À la fin du spectacle Jérôme est revenu sur scène seul pour jouer une chanson avec sa guitare acoustique. C’était une histoire drôle de la vie quotidienne dans le quartier Saint-Jean-Baptiste (une femme qui dort avec beaucoup d’hommes???) et après toutes ça les coeurs se faisaient chauds.

Jérôme 50

Donc si quelqu’un arrive pour la première fois et veut s’immerger dans la vie et la culture, qu’est-ce qu’il peut apprendre? La Fête de la Musique de Québec a montré qu’une fois qu’on a découvert une communauté, il y a toujours plus à découvrir. Cette année l’événement a capturé une scène: c’était une introduction parfaite ainsi qu’une fenêtre sur les artistes émergents et ceux qui jouent de la musique simplement pour s’amuser.